8 octobre 2017

Nyiragongo: le second évent de nouveau actif!

C'est Shérine France qui a trouvé les images de cette activité sur instagram, des touristes ayant fait l'ascension ces derniers jours. Cette situation est d'autant plus surprenante et inattendue que les dernier bulletins de l'observatoire volcanologiques, qui faisait le point sur l'activité en septembre, n'évoque absolument une telle activité sur ce second évent. On peut donc supposer que ce regain d'activité a débuté en octobre courant septembre, ce qui semble confirmé par le fait qu'une vidéo postée sur youtube au cours de la seconde quinzaine de septembre montre un dégazage important sur cet évent,mais pas d'activité éruptive, et une coulée.

De ce que l'on peut en voir, la situation actuelle au Nyiragongo est la même que celle qui avait été décrite en mars 2016: en plus du lac de lave permanent (le plus grand du monde) un second évent, situé au pied du rempart est du cratère du Nyiragongo, est actif. L'activité y est mixte: des explosions faibles (activité strombolienne et spattering) édifient progressivement un spatter-cone* et des coulées de lave (effusion) se propagent sur la plate-forme qui borde le lac de lave, puis y plongent.
Cette activité ne se distingue absolument pas sur la données du MIROVA, qui détecte déjà l'énorme puissance du rayonnement thermique produit par le lac (quelques kilowatts de plus ne se distinguent pas...).


Une publication partagée par Heather Shook (@heathershook) le


 Cette activité ne fait, pour l'heure, courir aucun risque particulier aux populations proches. Mais la présence de ce second évent pose la question des raisons de sa mise en place. S'agit-il du résultat d'une fracturation? Est-ce la conséquence de changements profonds dans la morphologie du lac de lave et de son système d'alimentation? Une étude menée par C.M.Balagizi et al (de l'observatoire volcanologique) en 2016 semble indiquer que cet évent secondaire est alimenté par la partie supérieure de la plomberie qui alimente le lac. Ce qui est rassurant car cela signifie que cette ouverture est "accidentelle" et pas reliée à un défaut dans la structure de l'édifice volcanique (fracturation), qui est une des craintes majeure. En effet c'est la vidange du lac lorsque le volcan est sujet à une fracturation importante qui fait courir le plus de risques pour les quelques 1.5 millions de personnes qui vivent à proximité.

Une situation à suivre de près tout de même!

Sources: Merci à Shérine France; C.M.Balagizi et al :" Soil temperature and CO2 degassing, SO2 fluxes and field observations before and after the February 29, 2016 new vent inside Nyiragongo crater"; Bulletin of Volcanology

*"cône d'éclaboussures" = accumulation de lambeaux de lave chauds et mous qui se soudent les uns les autres

12 commentaires:

  1. Bonjour,

    Quelle surprise pour moi aussi qui lit les bulletins "hebdomadaires" scrupuleusement !

    Le fait que ce soit le même évent qui se réactive, après quelques mois de pause, indique pour moi qu'il ne s'agit pas forcément d'un évènement "accidentel". Cela pourrait correspondre à une petite zone de faiblesse superficielle à cet endroit...

    En tout cas, le lac est assez haut en ce moment. La zone noire au pourtour du puits à l'ouest (photo de aminahbrunt), témoigne d'ailleurs d'un débordement récent. Maintenant, est-ce qu'il y a un lien avec la réactivation de l'évent ? Est-ce que cette zone de faiblesse s'activerait lorsque le flux magmatique est important ?

    A suivre... avec plaisir !

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    1. Bonjour Ludovic! Quand je parle d'"accidentel" (et je me rend compte que je suis pas très clair sur ce point avec ce mot "accidentel") c'est pour dire qu'il s'agit d'un événement qui ne concerne que le pourtour du lac et superficiel, et pas d'un événement en lien avec la structure même de tout l'édifice volcanique (tensions tectoniques régionales qui fractureraient le volcan, comme cela peut se produire parfois dans ce secteur). C'est vrai que le lac a l'air bien haut: je suis d'accord avec l'idée d'un débordement!
      Bonne soirée
      CV

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  2. Bonjour. Nous y étions en septembre, nous avons passé une semaine dans le cratère et il n'y avait aucun signe de réveil de l'évent (on l'a pourtant espéré !). Selon le modèle de P.Y. Burgi, il est physiquement impossible que l'évent soit alimenté par la partie supérieur de la tuyauterie, comme le dit Charles Balagazi. Il s'agit plus vraisemblablement d'un dyke qui remonte directement de la chambre magmatique. Rien à voir avec un débordement ! l'évent est à plus de 30 mètres au-dessus du lac...

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  3. Bonjour,

    En effet, rien à voir avec un débordement. Je constatais seulement sur la photo qu'il y avait eu au moins un débordement du lac récemment et que son niveau était assez haut, en émettant l'hypothèse qu'il pouvait y avoir un lien avec la réactivation de l'évent.

    Dans leur publication, par ailleurs très intéressante, Burgi et ses collaborateurs essayent de contraindre la géométrie du conduit éruptif à partir des données de surface. Ils émettent un modèle qui est franchement intéressant mais qui n'a rien d'une certitude non plus. Ils avancent par exemple que le conduit entre le réservoir magmatique et le fond du lac fait 15 mètres de diamètre environ, sans l'argumenter plus que cela. Ce conduit doit permettre à la fois une remontée du magma (chaud et riche en gaz) mais aussi l'évacuation du magma dégazé pour qu'il aille se stocker dans des structures profondes. Est-ce qu'un conduit de 15 mètres de diamètre peut permettre cela ? On peut se poser la question... Quoiqu'il en soit, il me semble que dans ce modèle, rien n'empêche physiquement à un évent d'être alimenté par la partie supérieure de la tuyauterie. Et une zone de fragilité superficielle pourrait très bien collé !

    Personnellement, je trouve l'étude de Balagizi intéressante, et surtout appropriée quant à l'étude de la source de cet évent secondaire puisqu'il étudie les variations du dégazage avant et après l'ouverture de cet évent. On peut ne pas être d'accord avec la comparaison de l'éruption de janvier 2002, mais la figure principale de cette étude est assez claire et montre que l'ouverture de cet évent n'a engendré que peu de variations dans le dégazage, chose qui était nécessaire si une source profonde en était responsable. La localisation de cet évent va d'ailleurs plutôt dans ce sens...

    En tout cas, l’événement est intéressant et les photos très jolies...

    Bonne journée,

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    1. La base de l'évent se situe 30 m plus haut que le lac de lave. le sommet de l'évent 60 m au-dessus (selon nos mesures effectuées fin septembre 2017). une application intuitive du principe d'Archimède (je ne suis pas physicien) me pose problème si lac et évent sont alimentés par le même conduit, pour que la lave dégazée de l'évent puisse sortir aussi haut !

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    2. Archimède requiert le même liquide, ce qui n'est pas nécessairement le cas ici. Le bain magmatique qu'offre le lac de lave du Nyiragongo permet une séparation du gaz et du magma chaud qui remontent indépendamment, ce qui explique pourquoi les "plaques" se créer à des endroits différents d'où le gaz arrive. A partir d'une certaine profondeur, l'ascension du magma vers la surface du lac n'est donc permise que par le contraste de chaleur avec le magma ambiant.
      Si l'on imagine une source pour l'évent secondaire aux alentours de 2525 mètres d'altitude, profondeur où Tedesco et ses collaborateurs (2007) placent le fond du puits, le magma est ici encore riche en gaz. Et cette différence par rapport au magma du lac permettrait très bien de faire ces 60 mètres supplémentaires.

      L'étude du dégazage, associée à l'observation de l'activité (activité explosive de l'évent dans ce cas), est pour moi primordiale quand à l'étude de la zone source d'une éruption.

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  4. Bonjour,

    Le directeur scientifique de l'OVG m'apprend à l'instant que la réactivation de l'évent date du 04 octobre 2017, ce qui explique pourquoi les derniers bulletins ne mentionnaient pas l’événement. Il indique également que l'évent s'est réactivé une autre fois les 26 et 27 juillet, date où la vidéo postée en septembre a dû être faite.

    Bonne journée,

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  5. Bonjour,
    Heather Shook, l'auteur des photos, m'a confirmée que la réactivation date du 1er octobre et s'est terminée vers 4 heures du matin avant de reprendre les jours suivants. En effet,le sujet dans la vidéo pourrait se rapprocher de celui de Nick Schwalbe du 29 juillet https://www.flickr.com/photos/travelfriend/36376907401/in/dateposted/
    Bonne journée.

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    1. Cette réactivation correspondrait alors à un événement discontinu... Merci !

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    2. Oui, le cône est resté calme depuis fin juillet et dans les premiers jours d'octobre il s'est réactivé de façon totalement irrégulière.

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  6. Concernant le diamètre du conduit de 15m, il a été estimé sur la base d'une vidange de 1 million de m3 du lac de lave en 2011. Pour un volcan effusif, 15m de diamètre est énorme, et un diamètre plus faible serait suffisant pour assurer l'apport de magma nécessaire à l'équilibre énergétique (qui est de l'ordre de 1 GW). Concernant l'alimentation de l'évent, en effet sur la base d'arguments hydrostatiques, il est peu probable que cette alimentation soit de surface car une pression non négligeable est requise pour l'alimenter à cette hauteur.

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    1. Oui, j'avais aussi lu que les auteurs se basaient sur une baisse brutale du lac de 25 mètres en une minute environ, mais je trouvais que cette valeur de 15 mètres était assez peu argumentée dans le papier...

      En effet, 15 mètres c'est énorme si l'on compare à un dyke classique. Je ne remets pas en doute cette valeur, mais je me demandais simplement si un conduit de cette taille permettrait aussi facilement d'évacuer le magma "froid" et dégazé.

      Pour ce qui est de l'évent, j'ai donné mon idée dans un commentaire plus haut.

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